Mercredi 8 septembre 2010 3 08 /09 /Sep /2010 18:53

ancien-glacier-baleisao.jpgLuanda, jungle de grues et de tours flambant neuves au coeur d’un pays en pleine reconstruction après une guerre civile de 27 ans, se métamorphose à vue d’oeil, au détriment d’un patrimoine architectural vieux de plusieurs siècles. "Nous avons beaucoup de mal à arrêter le processus de destruction.Parce que la loi ne fait pas peur.Il y a un problème d’impunité", regrette l’architecte Angela Mingas. "Et puis il existe toujours l’argument politiquement correct selon lequel le pays a d’autres problèmes à résoudre" après les destructions de la guerre (1975-2002), ajoute-t-elle. Luanda a été conçue sous l’ère coloniale pour abriter 500.000 habitants.Mais sa population a décuplé pendant le conflit et la ville tentaculaire accueille aujourd’hui près d’un tiers des 18,5 millions d’Angolais, selon l’ONU. Mme Mingas tente d’alerter les autorités pour que les dernières maisons de l’époque de l’esclavage, les "sobrados" qui ont plus de 300 ans, soient préservées et restaurées. "En trois ans, la moitié des sobrados qui restaient à Luanda ont été détruits.Aujourd’hui, il n’en reste que 14", affirme-t-elle."Le plancher de ces maisons était fait avec du bois dont on remplissait les cales des navires d’esclaves qui revenaient à vide du Brésil.Ce sont des caractéristiques qu’on ne retrouvera jamais". Certains édifices de l’époque coloniale ont bien été restaurés, comme celui de la Banque nationale d’Angola, qui trône sur la Marginale, une avenue bordée de palmiers le long de la baie de Luanda. Mais "une grande partie du patrimoine est en ruine," s’attriste l’architecte."Parce qu’il y a une ici une idée fausse du progrès et de la modernité, associée à des bâtiments neufs". Attablé à la terrasse du Club naval, sur la baie de Luanda, Eleuterio Freire se désole devant le paysage de grues et de nouveaux immeubles chinois: "C’est de la folie complète !" Cet homme d’une soixantaine d’années a dirigé le bureau angolais du Conseil international pour les monuments et sites (ICOMOS), lié à l’Unesco, jusqu’au début des années 90. "Une des premières lois qui ont été votées à l’indépendance a été celle du patrimoine culturel.Il y avait la volonté, à l’époque, mais il manquait les moyens, se rappelle-t-il.Puis dans les années 90, avec le changement de politique (ndlr: l’abandon du marxisme), les gens ont commencé à venir faire des affaires et ont détruit cet héritage pour construire des tours." Il existe bien un Institut national du patrimoine culturel (INPC), qui a pour rôle de recenser les bâtiments anciens et de poser des plaques sur les immeubles classés, ce qui les protège en théorie. Mais, bien souvent, l’Institut est placé devant le fait accompli.Sonia Domingos, qui dirige l’INPC depuis quelques mois, admet que "parfois, on arrive au bureau le lundi matin et des immeubles classés ont été détruits pendant le week end!" Le marché de l’immobilier a atteint des sommets vertigineux ces dernières années dans le centre de la capitaleangolaise, tirés vers le haut par l’afflux d’expatriés et le boom pétrolier. Institutions et sièges de sociétés ont envahi le centre de la ville, une des plus chères au monde, où les appartements se louent à prix d’or: jusqu’à 15.000 dollars par mois pour quatre pièces dans un immeuble neuf. Devant l’appât du gain, la préservation du patrimoine architectural passe au second plan. Une collègue d’Angela Mingas a voulu acheter un sobrado pour y vivre.Mais un promoteur immobilier qui voulait le terrain pour y construire un immeuble de huit étages a offert deux millions de dollars cash au propriétaire, raconte l’architecte: "On ne peut pas lutter contre ça."

Par Tess
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Dimanche 18 avril 2010 7 18 /04 /Avr /2010 20:51

 

P1000245Certains ont cru que j'avais abandonné ce blog à cause d'une très grosse flemme. D'autres ont dû penser que j'étais déjà blasée, que plus rien ne m'étonnait, au bout de 6 mois, dans cette grande ville qu'est Luanda. Eh bien il n'en est rien. Enfin presque. J'avoue, il y a eu de longues vacances, une absence du pays prolongée... Et un petit coup de flemme au retour. Mais ensuite j'ai écrit le post ci-dessous que j'ai eu toutes les peines du monde à publier parce que je n'ai plus accès au site administrateur depuis mon ordinateur. Très, très étrange. Au moment où je m'apprêtais à créer un nouveau blog, on a essayé à tout hazard depuis l'ordinateur de Nico. Et magie, ça fonctionne. Voici donc du vieux, ci-dessous, et du tout neuf très vite, promis.

 

 Après les fameuses aventures footballistiques de janvier, nous sommes partis en vacances –-de très, très belles vacances, entre Capetown et Maurice chez mes parents— puis je suis allée 15 jours en formation à l’AFP à Johannesburg.

Et puis je suis rentrée chez nous, pour la toute première fois depuis que je vis en Angola, il y a 15  jours. Je suis sortie de l’aéroport de Luanda (devenu un truc super moderne et chic qui n’a plus rien à voir avec celui que j’ai connu il y a 6 mois), mon nouveau chauffeur Arnoldo m’attendait. J’ai eu un peu de mal à engager la conversation, mon portugais étant un peu rouillé après un mois et demi de voyage. J’ai retrouvé les rues embouteillées de Luanda, dans lesquelles j’ai désormais mes repères. Et je me suis sentie chez moi, en poussant la porte de notre appartement en bordel. Une sensation vraiment agréable.

Il y a plein de choses qui ne m’étonnent plus, comme quand je suis arrivée pour la première fois en octobre : les jolis carreaux portugais sur lesquels sont écrits les noms de rues, le cri des vendeuses de poisson, les scooters qui conduisent en sens inverse avec des bombes d’équitation qui font office de casque, les filles aux formes généreuses en string sur les plages bondées d’Ilha le week end…

Mais le quotidien de journaliste à Luanda continue (heureusement) à m’apporter son lot de découvertes insolites, de chouettes rencontres.

 

La semaine dernière, j’ai assisté au verdict d’un procès, à l’issue duquel 7 policiers ont été condamnés à la peine maximale pour avoir tiré sur 8 jeunes innocents dans le quartier pauvre de Sambizanga. C’était la toute première fois que des policiers écopaient d’une telle peine de prison, à un moment où les articles se multiplient dans les médias indépendants sur les bavures des forces de l’ordre, et les rapports internationaux tirent la sonnette d’alarme de l’impunité en Angola.

Dans une petite salle du très beau palais de justice Dona Ana Joaquina (une grande bâtisse jaune et blanche de style colonial  portugais), tous les bancs en bois ont été retirés pour que puissent rentrer tous les badauds venus assister à cette sentence historique. C’était le summum de la « confusao » : La foule poussait tellement pour entrer dans cette toute petite pièce que les policiers étaient surpassés. La presse s’est retrouvée carrément derrière le juge et les avocats, les caméramans, super nombreux, occupaient le banc des accusés, qui ne pouvaient pas rentrer. Et puis ceux-ci sont arrivés, tous les 7, dans leur tenue de prisonniers, sans menottes, mais avec une mine qui laissait penser qu’ils se doutaient du verdict. Presque une scène de film.

 

Alors voilà, avec les yeux grand ouverts, je continue à regarder le pays avancer dans  cette étape de « reconstruction » qui se fait presque à vue d’œil : il y a Luanda et ses constructions qui poussent comme des champignons, mais il y a aussi le reste du pays, tout autour. Les champs déminés, qui cèdent la place aux terres agricoles. Les chemins de fer, qui sont remis en état, avec leurs promesses d’une autre vie, plus ouverte vers l’extérieur, pour les habitants des villages qu’ils traversent. Mais aussi leurs lots de « dommages collatéraux » : 3000 maisons démolies, aux abords de la voie ferrée de Lubango (une des 4 villes de la CAN, dans le sud), avec autant de familles délogées,  placées à plusieurs kilomètres de la ville.

 

Il y a une dizaine de jours, jolie anecdote : des guépards ont été aperçus dans le sud du pays, près de la frontière namibienne, pour la première fois en plusieurs décennies.  Les éléphants, aussi, ont débarqué (nombreux) dans l’est . La faune revient, petit à petit, 8 ans après la fin de la guerre.

Par Tess
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Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /Jan /2010 14:33

PICT0364.JPGLe mois de janvier fût bien évidemment très foot par ici. J’ai connu mon premier moment excitant de correspondante lors de l’attaque du bus qui transportait l’équipe togolaise, le 8 janvier, en fin d’après-midi. C’était un vendredi, j’avais fini mon pré-papier d’ambiance à 48h du match d’envoi de la compétition, que l’AFP devait mettre sur le fil dès le samedi matin. Je revenais de prendre un café avec ma copine américaine Katya chez Arabica, un de mes endroits préférés, et je m’apprêtais à passer un week end tranquille avec Nico, quand le rédacteur en chef de l’AFP à Johannesburg m’a appelé pour m’apprendre la nouvelle. Je suis donc restée scotchée  à mon fauteuil de 17h à 4h du matin , mon ordi sur les genoux, la radio branchée sur la fréquence de la RNA (la radio publique angolaise), et mon téléphone portable à proximité, à la recherche de la moindre info sur ce qui s’était passé, de la moindre déclaration officielle Angolaise… Et dès 8h, j’étais réveillée par un ministre, qui m’appelait « tout simplement » sur mon portable parce qu’il était prêt à faire une déclaration.  Assez dingue.

Le dimanche soir, RFI m’avait demandé de suivre la cérémonie d’ouverture et le premier match depuis un petit bar de la capitale, afin d’observer notamment la réaction des Angolais au moment de la minute de silence en mémoire des deux Togolais morts dans l’attaque. Nico, qui joue au foot tous les dimanches soirs, m’a proposé de l’accompagner, puisqu’il y a un petit rade  tout simple et très sympa tout près du terrain où il joue, avec une télé et des amateurs de ballon rond. A quelques minutes du coup d’envoi, j’ai donc débarqué, seule fille blanche, au milieu d’une assemblée très largement masculine, surexcitée par le match –et ayant déjà pris de l’avance sur l’apéro. La première mi-temps fut assez incroyable. Les Angolais n’arrêtaient pas de marquer, ce qui provoquait à chaque fois des effusions de joie si intenses que les tables se renversaient et nos bières avec. Tout à coup, en plein milieu d’un pénalty, coupure de courant. Un des spectateurs, armé d’une mini-radio et d’écouteurs, était le seul à continuer à suivre le match. « Goolooo ! » s’est-il écrié, dans l’obscurité, provoquant une nouvelle scène de liesse. A la 2eme mi-temps, Nico est venu me rejoindre, et ce fut beaucoup moins drôle : le Mali a rattrapé son retard, et a fini par égaliser le score. 4-4. Le bar tout entier était abasourdi.

Après avoir expérimenté le visionnage de match dans un bar populaire, puis dans un parking, sur une petite télé plus ou moins couleur, avec en bande son les commentaires avisés des gardiens et chauffeurs réunis, toujours pour le besoin de papiers d’ambiance pour RFI, Nico et moi avons fini par découvrir le fameux stade 11 novembre flambant neuf, pour le tout dernier match des Palancas Negras, en quart de finale contre le Ghana dimanche dernier.  On a eu des places incroyables, vraiment tout près de la pelouse, grâce à des journalistes amis d’amis qui nous ont gentiment offert des tickets.  Mais on est sortis en même temps que les 50 000 spectateurs dépités, et ça,  ce fut nettement moins rigolo. Enfin un très bon exercice, cela dit, pour l’agoraphobe que je suis. 

Par Tess
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Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /Jan /2010 12:01
P1000774---copie.JPGJe profite des 48 dernières heures avant qu’il ne soit trop tard pour vous souhaiter une très belle année 2010… Nous avons célébré le nouvel an à Ambriz, une petite ville qui se trouve sur la côte, à 4h de voiture au nord de Luanda(dont deux heures de très mauvaise piste ).La boîte pour laquelle travaille Nico est en train d’y réhabiliter un atelier de construction de pipes et autres matériaux à destination des plateformes off-shore. Cette petite ville a été prise trois fois par l’UNITA pendant la guerre, et presque entièrement détruite. Aujourd’hui, dans les rues calmes, où traînent quelques chiens errants, règne une atmosphère très spéciale. Les vieux bâtiments qui datent de l’époque coloniale sont encore là ; Mais souvent il ne reste que la façade. Comme dans un décor de théâtre. Nous avons passé le nouvel an dans l’unique bar-restaurant de la ville, où le chef local de la police donnait une fête avec « tout le gratin » des notables de la région, et leurs épouses dans leurs plus belles tenues. Le cabri grillait dans la cour intérieure du restau.. Et la « Cuca » (la bière locale) coulait à flots. Le lendemain, nous avons trainé nos carcasses toutes courbatues d’avoir trop dansé le kuduro sur la plage. Quelle merveilleuse façon de commencer l’année…
Par Tess
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Dimanche 27 décembre 2009 7 27 /12 /Déc /2009 19:26

vue-de-l-hotel-blog.jpgN’ayant rien prévu pour noël, on a décidé de se faire un petit dîner cool tous les deux le 24 ; Et de profiter de ce week end de trois jours pour filer très tôt, vendredi matin, en direction de Malanje. Il est assez difficile d’obtenir des informations, ici, « à jour » sur l’état des routes et les infrastructures touristiques. On avait glâné quelques cartes des routes et des itinéraires, et aussi quelques noms d’hotels. Mais la communication téléphonique est encore assez mauvaise avec cette région. J’avais quand même fini par réussir à joindre une petite pousada du nom de Guidinho, dans un bled appelé Cacuso, qui était assez bien situé pour nous permettre de sillonner tout autour. Le seul commentaire que nous avions lu sur l’endroit : « Confort très sommaire, quasi inexistant. Pas d’eau courante. Mais ambiance assurée ».  Le monsieur, au téléphone, m’avait assuré qu’il leur restait une chambre. On s’est imaginé qu’il s’agissait sûrement d’un vieil hôtel décati, avec une atmosphère super charmante et désuète, avec des chambres un peu moisies. Tout ça dans un village super authentique. Après une journée entière de route –dont une grande partie sur la piste, dans une toute petite jeep tape-cul qui m’avait filé un sacré mal de tête—on est arrivés à Cacuso, un 25 décembre à 16h. La rue principale était pleine de types complètement saouls d’avoir trop fêté noël. Les gens encore vaillants entouraient notre voiture avec un « boas festas » très insistant limite agressif, qui ressemblait plus à une insulte qu’à un « bonnes fêtes » bienveillant (en vrai, ça voulait juste dire « file moi mon bakchich de noël »). Et pas de vieil hôtel décati à l’horizon. Juste une baraque au toit en tôle, sorte de bar, avec des lumières bleues à l’intérieur et deux grosses enceintes qui crachaient de la très mauvaise musique pleine de grésillements. C’était là. On a réfléchi un instant. Pas très longtemps, j’avoue. Et on a repris la route pour Malanje, à 70 kilomètres de là. Une grosse ville pleine de charme, avec quelques bâtiments d’architecture coloniale rénovés. Et un joyeux bordel de bâtiments modernes pas finis et de petites baraques de fortune. On a posé notre sac au Palanca Negra, un très chouette hôtel avec une vue superbe sur la vallée. Et on est allés déguster un excellent cabri grillé dans un tout petit boui-boui tenu par un malien musulman, dans un quartier animé, avec de la rumba congolaise en fond sonore. Le lendemain matin, au petit déjeuner, à l’hôtel, Nico a discuté avec le serveur, qui lui disait que cette région avait été super dévastée par la guerre. La grande vallée toute verte, cette si jolie vue qu’on a de l’hôtel, est encore infestée de mines. Un des grands maux de ce pays.  Il nous racontait que pendant la guerre, les camions mettaient 4 jours pour arriver jusque là, de Luanda, et ils traversaient plein de villages qui avaient besoin de nourriture, eux aussi, donc parfois la cargaison n’arrivait pas jusqu’à eux. Il y avait donc beaucoup de gens qui mourraient de faim, et de maladie. C’est tellement incroyable de se dire que ce garçon souriant, qui doit avoir 25 ou 30 ans, parle d’une période qui n’est pas si éloignée, qu’il a très bien connu. On oublie parfois que la guerre n’est finie que depuis 7 ans en Angola. Tout au long de ce road-trip (800 kilomètres en deux jours, parce qu’on est finalement rentrés ici hier soir), on a pu admirer des paysages incroyables. Une végétation super dense par endroits. Des nuances de vert, allant du vert émeraude à un vert presque fluo. On a traversé des villages entiers dévastés par la guerre, avec des bâtiments dont il ne reste que la structure et certains murs en béton. Plus de toit. Plus de fenêtres, ni de portes. Tout a certainement été pillé après les bombardements. Des morceaux de drapeaux du MPLA, souvent déchirés, abimés par le temps, qui flottent en haut d’un bout de bois. Certains ressemblent à des villages fantômes, abandonnés. D’autres sont habités. On y voit des petites cases, qui datent certainement d’après la guerre, à côté des ruines, tout en terre, avec des toits en paille, ou parfois en tôle. Avec des enfants, qui jouent dehors. Et les adultes, qui discutent paisiblement sur une chaise devant leur maison.  Et des chèvres, partout, des cochons aussi. Et des poules, sur la route. Tellement loin de Luanda-la moderne.

On a pu aller visiter deux grandes attractions touristiques angolaises : les « pedras negras », d’énormes rochers plantés au milieu de la végétation. Et les chutes de calandula, où j’ai pu me prendre pour Marilyn dans « Niagara »…pedrasnegras blog

C’est assez dingue, parce que ce sont deux endroits magiques. Bien connus en Angola, mais encore très peu aménagés. Aucune barrière de sécurité. Pas une seule poubelle jaune fluo pour venir gâcher le paysage ! Et surtout pas un chat. A peine quelques Chinois, croisés dans la montée des pedras negras. malanje blog

Par Tess
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