Jeudi 2 décembre 2010 4 02 /12 /Déc /2010 18:48

P1030587.JPGLorsque j’ai commencé à vouloir parler du problème des enfants des rues qui inhalent de l’essence, j’ai fait quelques recherches sur Internet, et je suis tombée sur le site de la Remar, une organisation chrétienne présente dans le monde entier qui a des centres d’accueil pour les enfants des rues et les adultes en difficultés, et des centres de réhabilitation pour les alcooliques et les drogués.

J’ai donc contacté Luis, qui dirige la branche angolaise, et nous avons pris rendez-vous pour une interview dans leur centre de Viana, cette immense banlieue résidentielle, mélange de maisons modestes pour la lower-middle-class et de quartiers populaires avec des ruelles en terre.

Nous avons patienté, Sibonguilé et moi, dans un grand hangar immaculé, avec une estrade et plein d’instruments de musique. On s’est dit que la messe devait être fun, ici, le dimanche ! Et là, Luis est arrivé, et après quelques échanges de politesse, il nous a déballé toute son histoire.

Luis est angolais, mais il a grandi au Portugal, où ses parents sont partis vivre pendant la guerre civile ici. Encore adolescent, il est tombé dans la drogue. Pendant 6 ans, il a été héroïnomane.  Et puis sa route a croisé ce centre. Et là, révélation. Il arrête la drogue, par « la méthode froide », c’est-à-dire sans traitement. Il devient pasteur et rencontre Tina, Portugaise, elle-même héroïnomane repentie. Ils décident de rester au sein de cette organisation et d’y travailler. 20 ans et 7 enfants plus tard, ils sont dans cette grande maison, où ils recueillent des bébés, des enfants et de jeunes mamans abimés par la vie. Ils sont 60, en tout, à vivre tous ensemble dans cette grande maison, organisée autour de cours intérieurs, avec des dortoirs et des salles de classe.

Les histoires de chacun de bébés sont super tristes. José (au premier plan), avait tellement faim en arrivant au centre qu’il avait commencé à manger deux de ses doigts de la main droite. Lidia, elle, a eu de mauvais traitements de sa maman alcoolique, et quand elle est arrivée, à 2 ans, sa tête était énorme et son corps si frêle qu’elle ne tenait pas assise. Quant à Benjamin, il a été trouvé dans une poubelle, alors qu’il avait à peine quelques heures …

Luis nous a ensuite emmenés voir un plus gros centre de la même organisation, qui recueille des adolescents et des adultes en phase de réhabilitation suite à des problèmes de drogue ou d’alcool. Ici, il n’est pas question de soigner ces jeunes avec des traitements, seulement « avec de l’amour et la parole de Dieu ».  Si la méthode me laisse un peu sceptique, Luis est convaincu : « Si ça a marché pour moi, ça peut marcher pour eux »

Par Tess
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Jeudi 2 décembre 2010 4 02 /12 /Déc /2010 18:44

P1030546Mardi matin, on s’est levé tôt… Mais pas assez pour éviter les embouteillages monstrueux qui paralysent Luanda du matin au soir. Nous avons donc mis plus de 2 heures, montre en main, à sortir de la ville. Et nous avons filé vers le sud. Sibonguilé, ma collègue sud-africaine, a pu voir les champs de condominiums ultra-sécurisés pour expatriés fortunés et desperate expats’ wives de Luanda Sul, une banlieue qui n’a rien à envier à Wisteria Lane.

Puis les maisons se sont raréfiées, et ont laissé aux baobabs. Après une quarantaine de kilomètres de piste toute cabossée, nous sommes arrivé au camps du parc national de Kissama, où Roland Goetz nous attendait, dans sa tenue de rangers.

Cet Afrikaner d’une petite 50aine d’années habite là, dans sa petite maison au confort spartiate, depuis 8 ans. Il a débarqué en Angola quelques semaines avant la fin de la guerre, en 2002, avec pour modeste mission de diriger ce parc gigantesque (1 million d’hectares, soit la moitié du parc Kruger).

Haut lieu du tourisme angolais jusqu’à l’indépendance, en 1975, le parc est ensuite tombé à l’abandon, pendant la guerre. Les soldats cubains, qui étaient installés sur la base militaire de Cabo Ledo, pas loin de là, avaient pris l’habitude de se distraire le dimanche en chassant les animaux depuis leurs hélicoptères, en rase-motte, nous raconte Roland.

A la fin des années 90, une fondation a été créée, avec l’aide d’un professeur sud-africain et de ses étudiants. En 2000, ils ont décidé de clôturer une petite partie de cet immense parc, et de le repeupler. Donc 35 éléphants ont notamment été acheminés, en avion puis en container depuis la base militaire voisine ! Qui se sont bien adapté, vraisemblablement, puisqu’ils sont 70 aujourd’hui.

Depuis 8 ans, Roland Goetz arpente ce million d’hectares, aidé de 14 rangers, armés de vieux AK47, à la chasse aux braconniers, et puis pour discuter avec les villageois qui vivent sur le site, instaurer des règles (les autoriser à faire des cultures vivrières, mais pas d’agriculture commerciale, notamment), empêcher que les déplacés de guerre qui se sont installés sur la côte ne détruisent la faune en pêchant et en prenant les œufs des tortues, et la flore, en faisant du charbon de façon anarchique…

Un homme bourru, un peu ours, mais complètement intarissable quand il s’agit de « son » parc.

Le tourisme  de masse? Ce n’est pas vraiment pour tout-de-suite. Un hôtel, avec des petits bungalows, a été remis en état il y a quelques années, et accueille des expatriés de Total et autres compagnies pétrolières, qui fuient le capharnaüm luandais le temps d’un week end. Le restaurant, qui a une vue incroyable sur toute la vallée,  est un peu désuet, le personnel peu efficace et les plats sans grand intérêt. On imagine mal des touristes européens affronter la galère des visas et dépenser des milliers de dollars pour venir se distraire ici.

Mais d’après notre ami Roland, il y a, dans ce parc des oiseaux rares, qui pourraient être l’opportunité d’un tourisme de niche. Un passionné est même venu exprès de Suisse pour observer une sorte d’oiseau !

Autre centre d’intérêt, dans la région : la pêche. Le Kwanza lodge, situé à l’embouchure de la rivière du même nom, à l’entrée du parc accueille de plus en plus de fous de pêche, notamment des sud-africains qui traversent la Namibie en 4x4 pour venir pêcher le Tarpon… « An experience of a lifetime » paraît-il.

Par Tess
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Jeudi 2 décembre 2010 4 02 /12 /Déc /2010 18:31

P1030658.JPGNous voici donc toutes les deux parties, lundi matin, dans la Toyota de notre ami Francisco, étudiant en psychologie et arbitre de basket, qui loue ses services à l’AFP de temps en temps pour se faire quelques sous.

Premier sujet : Luanda la ville la plus chère du monde.

Illustration avec une petite visite dans le supermarché le plus chic de la capitale angolaise, « Casa Dos Frescos », où l’on trouve des poireaux  et des courgettes direct venus d’Europe,  des fromages raffinés et autres thés Mariages Frères, ou bien des yaourts Danone, à 3 dollars l’unité –soit 12 dollars les 4, oui oui vous avez bien lu.

Un petit steak pour 2 vous coutera la modique somme de 30 dollars.  Dans une ambiance feutrée, des expatriés et des bourgeois angolais remplissent des caddies entiers pour des prix délirants. Une jeune maman japonaise nous confie qu’elle préfère ne pas penser à sin budget nourriture, « c’est trop angoissant ». Nadine, franco-libanaise en Angola depuis 10 ans, dit dépenser 5000 dollars par mois, juste pour les courses de nourriture, pour une famille de 4. S’ajoutent à cela les dépenses de sorties… Et le loyer, de 10 000 dollars !

Changement de décor radical, avec Jorge, qui nous invite chez lui pour nous montrer comment vit la très grande majorité des Angolais : Une petite maison entre deux ruelles en terre, dans le bidonville de « Prenda » (« cadeau », en Portugais, un nom bien ironique), où s’entassent 10 personnes : ses parents, sa sœur, veuve, et ses deux enfants, des tantes, des frères, et un cousin, qui dort dans une carcasse de taxi entreposée dans la petite cour en béton. Jorge, qui dort sur un matelas dans la cour, pour ne pas souffrir de la chaleur étouffante, se lave chaque matin dans la petite salle de bain extérieure, (avec de l’eau achetée à prix d’or en bidons de 20 litres, puisqu’il n’a pas l’eau courante, comme la plupart des habitants des bidonvilles de Luanda), et part à pied, toujours tiré à 4 épingles, chemise impeccable, pour la boîte étrangère pour laquelle il est employé de bureau. Jorge gagne 850 dollars par mois, soit 10 fois le salaire minimum angolais.  Et malgré tout, il ne mange pas à sa faim tous les soirs, parce qu’il est le seul de sa famille à avoir un revenu fixe.

Sizaltina, une jeune angolaise avec une pêche incroyable, qui travaille pour l’Open Society (de la fondation Georges Soros), nous explique que « Luanda n’est pas seulement la ville la plus chère du monde pour les expatriés, comme on le lit souvent dans les médias… La vie est chère pour tout le monde ici ! ».

Sizaltina gagne bien sa vie, a fait des études supérieures, et s’apparente à une classe moyenne émergente (même si elle n’aime pas le terme !) ; mais elle connaît les mêmes galères que des millions d’Angolais : 10 dollars par jours de candongheiro (le taxi collectif) pour aller et revenir du bureau, en centre ville, depuis Viana, une banlieue résidentielle à 20 km de là (le double du prix, parfois, quand il pleut et que les embouteillages et l’état des routes rendent la circulation impossible), un porteur et des bidons à payer parce que pas accès à l’eau courante, pareil pour l’électricité, payée plus chère parce qu’elle doit passer par le groupe électrogène d’un particulier, n’étant pas reliée au réseau d’Edel, l’entreprise nationale d’électricité…

Par Tess
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Jeudi 2 décembre 2010 4 02 /12 /Déc /2010 18:11

P1000885La semaine dernière, j’ai reçu la visite d’une journaliste sud-africaine, Sibonguile, qui travaille au bureau de l’AFP de Johannesburg, dont je dépends. Elle venait faire une série de reportages avec moi ; Elle rédige ensuite la version en anglais, et moi, celle en français.

Nous avons donc passé 5 jours ensemble, du lundi matin au vendredi soir, à sillonner Luanda et ses alentours –dont une bonne quinzaine d’heures dans la voiture à l’arrêt, coincées dans les embouteillages.

L’arrivée d’un visiteur étranger est toujours l’occasion de revoir des choses dont on ne s’étonne plus quand on vit sur place.

Les trois sujets sur lesquels on a travaillé lui ont donné un bon concentré de la problématique angolaise : Luanda, la ville la plus chère du monde (un grand classique, mais qui plaît toujours beaucoup aux rédactions, avec sa panoplie de superlatifs et ses expressions associées, genre « Monaco africaine » ), le repeuplement du parc national de Kissama et le développement (ou non) du tourisme… Et puis les enfants des rues, orphelins de guerre, abandonnés par leurs parents, ou ayant fui des accusations de sorcellerie au sein de leur famille. Ils sont nombreux à Luanda, à traîner sur les grandes artères à la recherche d’une voiture à laver ou de quelques sacs à porter, à la sortie des supermarchés, en échange d’un billet. Souvent ils fument des joints (« liemba », dit-on ici), ou bien il sucent des petites dosettes de whisky. Mais la drogue la plus rependue, chez ces jeunes garçons, parce que la plus simple à se procurer, est l’essence. Ils en versent sur un chiffon  et l’introduisent dans une bouteille en plastique vide qu’ils inhalent. Voici donc un aperçu de notre semaine toutes les deux… 

 

 

 

 

 

Par Tess
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Lundi 11 octobre 2010 1 11 /10 /Oct /2010 12:36

CIMG3588.JPG

Depuis le cinéma Miramar, on surplombe toute la baie de Luanda, le centre ville et le Port. On a un peu l'impression d'être de l'autre côté d'un décor de film: Derrière les immeubles flambant neufs qui font face à la baie, on voit les bidonvilles qui occupent le moindre espace resté vaquant.On voit aussi la vieille gare de chemin de fer, en ruines, et ses promesses de voyage. 

Le cinéma, qui ne fonctionne plus aujourd'hui, date de la période coloniale. Dans son bouquin sur les derniers jours de présence portugaise et le début de la guerre civile angolaise, en 1975 (Another day of life, un livre génial), le journaliste polonais Ryszard Kapuscinski raconte qu'au milieu du chaos, alors que la ville toute entière avait cessé de respirer en attendant des nouvelles du (des) front(s), le cinéma Miramar continuait à fonctionner: "le propriétaire s'était enfui pour Lisbonne. Mais le projectionniste était toujours là, avec une copie du fameux film porno Emmanuelle. Le projectionniste le passait en continu, encore et encore, gratuitement, pour tout le monde, et des foules de jeunes s'y pressaient, et des soldats, aussi, qui avaient quitté le front."

Par Tess
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